Épisode 3
Le système de retraite corrige-t-il les inégalités de carrière ?

Dans les épisodes précédents, nous avons présenté les inégalités salariales entre les femmes et les hommes. À partir de données permettant le suivi longitudinal des personnes nées en 1934, 1938, 1942 et 1946, nous décrivons la manière dont les inégalités de salaire et d’emploi se cumulent tout au long de la vie, et dans quelle mesure ces inégalités de carrière se traduisent en inégalités de retraite.

Part des femmes et des hommes
en emploi selon l’âge
Femmes
Hommes
Au cours de la carrière, les femmes sont moins souvent en emploi que les hommes

Nous comparons les carrières des femmes et des hommes nés en 1934, 1938, 1942 et 1946. A 20 ans, la part de ces personnes qui était en emploi est d’environ 60 %. Cette proportion est similaire pour les femmes et les hommes. Si les hommes entrent de plus en plus en emploi, jusqu’à atteindre un taux d’emploi de plus de 80 % à l’âge de 28 ans, le taux d’emploi des femmes diminue au contraire en deçà de 60 %.
L’accroissement de cet écart correspond à l’âge auquel les femmes deviennent mères et parfois se retirent du marché du travail pour s’occuper de leurs enfants.
L’écart d’emploi diminue par la suite au fur et à mesure qu’une partie des femmes réintègre le marché du travail. Cet écart reste cependant supérieur à 13 points de pourcentage jusqu’à 55 ans, âge après lequel les premières personnes de ces générations partent à la retraite.

Écart de revenu moyen des femmes
et des hommes en emploi selon l’âge
En faveur des femmes
En faveur des hommes
Parmi les personnes en emploi, les femmes ont des revenus moindres que ceux des hommes

Si en début de carrière, les femmes et les hommes ont des revenus salariaux Les revenus pris en compte sont les revenus du travail soumis à cotisations. Pour les salariés, il s’agit des revenus salariaux. Pour les indépendants, il s’agit de la part de leurs revenus d’activité soumise à cotisations. similaires, les écarts de revenus salariaux atteignent 28% dès 26 ans. Deux éléments expliquent ce phénomène: d’une part les femmes privilégient plus souvent le temps partiel que les hommes, et à temps de travail égal, elles ont des rémunérations inférieures.
L’écart de rémunération est relativement stable entre 26 et 45 ans, puis diminue légèrement sur les fins de carrières.

Pour les générations 1934 à 1946, les écarts de salaires cumulés sur la carrière s’élèvent
au total à 38 %.
Écart de revenu cumulé à 60 ans,
par génération
 
Des inégalités qui se cumulent au cours de la carrière

Ajoutées les unes aux autres, les inégalités d’emploi et de revenu se cumulent au cours de la vie professionnelle. Ainsi, à 60 ans, l’ensemble des revenus cumulés par les femmes nées en 1934 est près de deux fois inférieur aux revenus cumulés par les hommes de cette génération. Cet écart a légèrement décru au fil des générations, à mesure que les inégalités sur le marché du travail ont diminué. Pour la génération 1946, cet écart atteint toutefois 36 %.

Les retraites sont en partie calculées à partir des revenus au cours de la vie. Dans quelle mesure traduisent-elles les inégalités sur le marché du travail ?
Écart de revenu cumulé et de pension
à la liquidation, par génération
Écart de revenu cumulé à 60 ans
Écart de pension à liquidation
Le système de retraite corrige aujourd'hui plus fortement les inégalités de salaire que dans le passé

Si l’on compare les écarts de revenus cumulés à 60 ans aux écarts de pension à liquidation, les écarts de pension sont moins en défaveur des femmes. Pour la génération 1934, alors que l’écart de revenu cumulés est de 39,8 %, l’écart de pension est de 38,7 %, soit 1,1 points de différence. Cette différence entre les écarts de revenu cumulés et les écarts de pension atteints 13 points pour la génération 1946.

Par ailleurs, les retraites des femmes se sont améliorées à un rythme plus soutenu que les revenus au cours de leurs carrières, principalement en raison de l’introduction de plusieurs dispositifs du système. Ces derniers valorisent le travail à temps partiel Pour valider un trimestre il faut percevoir dans l’année un salaire équivalent à 150 heures rémunérées au Smic. Ainsi, une personne travaillant à mi-temps au Smic valide 4 trimestres par an. et augmentent les retraites des mères qui élèvent leurs enfants (AVPF et MDA). Ce dispositifs corrigent ainsi partiellement des inégalités de carrière liées à la naissance des enfants.

Leur montée en charge a été progressive, ce qui explique leur impact plus important pour les générations les plus récentes.

Âge moyen de départ à la retraite,
par génération
Femmes
Hommes
Les femmes partent à la retraite après les hommes...

La différence de pension à la liquidation est importante entre les femmes et les hommes. À cela s’ajoute qu’en moyenne les femmes partent à la retraite plus d’un an après les hommes.

Cette différence s’explique par les carrières plus heurtées des femmes : ayant cotisé des durées inférieures, elle subissent une décote qui les incite à partir plus tard pour bénéficier du taux plein.

Cet écart s’est réduit entre les générations 1934 et 1946, principalement du fait de l’amélioration des carrières des femmes qui leur permet plus souvent de partir avec le taux plein avant l’âge d’annulation de la décote.

Espérance de vie à liquidation,
par génération
Femmes
Hommes
...mais passent en moyenne plus de temps en retraite.

Malgré un âge de départ plus tardif, les femmes passent plus de temps à la retraite que les hommes. Si l’on compare leurs espérances de vie Les espérances de vie utilisées ici sont celles produites par l’Insee pour ses projections de population. au moment du départ à la retraite, on voit en effet que les femmes passeront en moyenne 4 ans de plus à la retraite. Cet écart est stable au fil des générations, conséquence de l’augmentation comparable des espérances de vie féminines et masculines à l’âge de la liquidation pour les générations concernées.

Dans quelles proportions les écarts d'espérance de vie compensent les écarts d’âge de retraite et de montant de retraite ?
Écart de pension à la liquidation et de pension cumulée sur la retraite
par génération
Écart de pension à liquidation
Écart de pension sur le temps de retraite
Les écarts de durée de retraite compensent en partie les inégalités de retraite

En tenant compte du différentiel d’espérance de vie, on peut calculer les inégalités de pension sur l’ensemble de la période de retraite. La plus grande espérance de vie des femmes au moment de la retraite conduit à un écart femmes-hommes de pension cumulée inférieur de 18 points de pourcentage par rapport à l’écart de pensions à liquidation. Ainsi, pour les personnes nées en 1946, l’écart de pension cumulée est de 5,2 %, par rapport à un écart de pensions à liquidation de 23 %.

Écart de pensions cumulées
avec et sans réversion
pour la génération 1934
La réversion compense également les inégalités de retraite

La pension de réversion, qui est la pension versée au survivant après le décès de son conjoint, contribue à réduire davantage encore l’écart de pension femmes-hommes. En effet, la pension de réversion augmente la pension totale moyenne des femmes, qui sont les principales bénéficiaires de ce dispositif (9 sur 10) du fait de leur plus grande espérance de vie et de l’écart d’âge moyen entre les deux conjoints d’un couple qui joue en leur faveur.

Il est possible de mesurer l’effet de la réversion pour la génération 1934 Un recul temporel plus important est nécessaire pour mesurer l’effet sur les générations plus récentes. : celle-ci diminue fortement l’écart de pension femmes-hommes de 24,3 % à 3,3 %.

Écart de revenu cumulé à 60 ans
et sur l'ensemble de la vie par génération
Écart de revenu cumulé à 60 ans
Écart de revenus sur l'ensemble de la vie
Les inégalités cumulées au cours de la vie

En additionnant l’ensemble des revenus du travail et des pensions perçues, nous pouvons finalement mesurer les inégalités femmes-hommes tout au long de la vie. Ces inégalités sont très majoritairement guidées par les inégalités sur le marché du travail, mais le système de retraites contribue à légèrement les atténuer. Ainsi, pour les personnes nées en 1946, les inégalités de carrière, qui s’élevaient à 36 %, sont réduites de 0.8 point de pourcentage quand on prend en compte les revenus touchés pendant la retraite. L’écart de revenu total au cours de la vie entre les femmes et les hommes s’élève alors à 35,2 %. Elles étaient de 39 % pour la génération 1934.

Les différences de salaire et d’emploi se cumulent tout au long de la vie professionnelle. Le système des retraites compense partiellement ces inégalités mais ne contribue que légèrement à atténuer les inégalités de revenu constatées tout au long de la vie.
Avec l’amélioration des carrières des femmes actuellement sur le marché du travail, les inégalités de carrière et leur compensation par le système de retraite sont cependant susceptibles d’évoluer dans le futur.

 
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